Mirage de la gratuité : suite et fin ?

Décidément, la gratuité n’en finit plus de battre de l’aile. Quand j’écrivais que je n’y croyais pas en tant que modèle économique viable, je pensais plutôt à un mouvement de reflux lent et laborieux. Mais il semble que les grands groupes de médias aient senti l’odeur du sang et ne veulent plus lâcher leur proie.
Car si l’on fait le calcul, il existe sur la planète web deux continents gratuits et procédant en même temps d’une industrie "réelle" : la presse et la musique. On a vu que la presse commençait à égratigner le principe d’accès à l’information gratuite avec NewsCorp. et le NYT. Et selon le principe universellement reconnu du "si ça saigne, c’est que ça peut mourir", on assiste par contagion à une révolte du deuxième continent : la musique gratuite.
Après les déboires et la reprise en main de Deezer, certains ont pu voir l’échec du passage d’une formule entièrement gratuite à un modèle hybride, mi-gratuit mi-payant. Les abonnés ne se bousculent pas il faut le reconnaître.
Mercredi 10 février, on apprend que Warner Music, la maison de disque qui a la main sur une grosse part du catalogue musical dans le monde, ne croit plus en l’avenir des sites gratuits de musique en streaming tels que le sus-cité Deezer, Last.fm, mais aussi les suédois de Spotify. Les nouveaux albums à sortir sous ce label ont donc peu de chances de se retrouver en écoute libre.
Je ne prends pas beaucoup de risques à prédire qu’un effet domino ne manquera pas d’affecter les décisions des autres gros majors (EMI, Universal), portant ainsi un coup fatal à la musique en ligne gratuite et légale.
Reste que le web existe et qu’il est difficile de revenir en arrière : en tuant le streaming, on favorise d’autant le piratage. C’est donc pour l’industrie musicale la substitution d’une fuite en avant (gratuité) vers une autre fuite en avant, encore plus périlleuse celle-là.
11 février 2010 à 13:38
Bonjour,
Je crois que les données numériques de part leur nature seront de plus en plus copiées, distribuées et communiquées. Faire payer du “numérique” n’est pas simple. Alors si en plus les prix sont élevés ça va pas aider le consommateur à utiliser sa CB (transaction sécurisé?) pour payer un fichier qu’il peut trouver gratos sur un peer-to-peer, un site web ou chez des amis.
De plus quand on voit les fortunes des chanteurs, cela semble à tout un chacun démentiel. Certains “artistes” gagnent beaucoup plus que des chirurgiens qui sauvent des vies chaque jour.
Tout le monde doit pouvoir vivre de son travail mais à force de trop tirer la couverture à soi, certains deviennent les perdants d’un système d’égoistes-capitalistes dont certains artistes étaient certainement les premiers défenseurs.
11 février 2010 à 13:52
“De plus quand on voit les fortunes des chanteurs, cela semble à tout un chacun démentiel. Certains “artistes” gagnent beaucoup plus que des chirurgiens qui sauvent des vies chaque jour.”
Ahah, si le montant des salaires était indexé sur un quelconque facteur éthique, ça se saurait! Sinon, je suis entièrement d’accord avec la première partie de ton commentaire, à savoir qu’on est revenu au point de départ. La quadrature du cercle.