Le tropisme nucléaire des USA

Les USA resteront dans l’histoire comme ce pays fascinant mais un peu soupe au lait, inventeur de la bombe atomique. Certes, si ce n’avait pas été eux, d’autres s’en seraient volontiers donnés la peine. Surtout à une époque ou la force avait seule valeur de diplomatie. Heisenberg en Allemagne, les Curie en France : ces derniers ont d’ailleurs participé au projet Manhattan. Mais depuis 1945, j’ai l’impression que dès que le pays est au pied du mur, l’usage de l’arme atomique se présente de facto comme une solution miracle et multi-usage.
Si le monde entier a assisté avec effroi et stupeur à l’usage pour l’instant unique de la bombe contre le Japon, les Etats-Unis n’ont quant à eux jamais reculé devant l’idée d’une démonstration de force nucléaire. Rappelons qu’à cette époque, le complexe militaro-industriel du Japon était terrassé, et que la victoire n’était qu’une question de temps. Seules trois villes japonaises n’avaient pas encore été rasées par les B-52 : Kyoto, berceau du Shintoisme dont les deux-mille temples tenaient encore debout par la seule force de l’humanisme tempéré de l’administration Roosevelt, puis Truman. Les deux autres, et bien nous les connaissons tous : Hiroshima et Nagasaki. Désignées comme victimes sacrificielles sur l’autel d’une scène géopolitique où l’URSS se devait d’être dûment notifiée sur la réalité des rapports de puissance dans le cas improbable où elle lancerait ses divisions blindées vers l’Europe de l’ouest. On est jamais trop prudent.
La paternité de la bombe a sans doute agi (dans quelle mesure?) comme un désinhibant. Là où le reste du monde a toujours considéré son usage comme tabou, les USA se sont souvent situés dans une zone grise entre usage décomplexé de la bombe et tempérance politique.
"La guerre est une chose trop sérieuse pour la confier aux militaires". Harry S. Truman s’est peut-être remémoré cette phrase de Clémenceau lorsqu’il a du faire face aux insubordinations répétées du général McArthur pendant la guerre de Corée. (américan-hero, proconsul du Japon et archétype du général cow-boy avec ses Ray-Ban et sa pipe) . En plus de miner les efforts du président pour mettre fin diplomatiquement au conflit, McArthur va jusqu’à réclamer le bombardement nucléaire de la Chine. Au risque de déclencher la 3ème guerre mondiale. Malgré la pression intérieure très forte, Truman le débarque trois jours plus tard. Lorsque McArthur rentre à Washington, la foule lui fait un triomphe à la romaine. Trente ovations retentissent lors de son discours au Congrès : "There is no substitution for victory". On voit que le tabou nucléaire ne refroidit en rien les sénateurs et les congressmen. A ce moment, Joseph McCarthy traite Truman de "crypto-communiste". Ambiance.
Cet épisode est la seconde vraie tentation de se servir de la bombe comme instrument conventionnel. Le militaire et une partie de la société américaine rangée aux idées de McCarthy y étaient pourtan favorable, mais en dernier ressort, le politique a tenu bon.
Car dans cette affaire, la société civile américain porte une part de responsabilité importante dans ce délire qui consiste à considérer les bombes atomiques comme de simples bâtons de dynamite.
Au cours des années 60, le gouvernement américain a confié à un centre de recherche le soin d’émettre des propositions sur les usages pacifiques de la bombe. Ce projet démentiel a un nom : le projet Plowshare.
Pas moins de 28 détonations nucléaires ont été mises au service de projets tous plus délirants les uns que les autres. Il a été question de créer un gigantesque port artificiel en Alaska avec cinq bombes thermonucléaires. Et puis dans cette lancée téméraire, on s’est dit que quelques nukes de-ci de-là seraient idéales pour creuser un second canal de Panama pour désengorger le premier (le problème avec nous autres français, c’est qu’on se voit pas assez gros quand on creuse).
Ces projets démentiels ont été abandonnés, les risques étant trop importants par rapport aux bénéfices attendus. Et puis, il y a ce problème des populations locales, tout cela fait désordre.
Mais le Plowshare Project n’a pas été mis au placard pour autant. Les Etats-Unis voient dans la bombe un formidable outil d’excavation à mettre au service de son industrie minière. A cet effet, la plus grande expérience à ciel ouvert s’est déroulée en 1962 dans le Nevada (un Etat décidément bien pratique). Le test, nommé "Sedan" a creusé le plus gros trou artificiel sur la surface de la terre. Problème : en déplaçant 12 millions de tonnes de terre, l’explosion a provoqué des retombées radioactives sur tout le Nevada et même l’Utah. Cow-boy style.
On pourrait croire, effectivement que l’Amérique s’est assagie et que ce genre de méthodes dévastatrices ne traverse plus l’esprit de personne. Qu’en est-il vraiment? Récemment, Matt Simons, expert en énergie reconnu a proposé de colmater la fuite de pétrole qui souille le golfe du Mexique avec une bombe H. Heureusement, encore une fois le politique a rejeté fermement cette option. Mais cet épisode montre qu’aux US, la bombe reste une sorte de point godwin des situations désespérées.
Et qu’en la matière, le pays n’est pas encore tout à fait guéri.
26 juin 2010 à 22:41
C’est marrant de voir que Obama a les mêmes problèmes avec Mc Crysthal! (enfin pas sur la bombe, mais tout de même)
27 juin 2010 à 13:42
Il faut vraiment qu’ils arrêtent avec les écossais en fait