La fin d’un monde…

Drapeaux Albanais et Américain Une chose m’a frappé avant-hier alors que je regardais les journaux TV sur l’indépendance du Kosovo… Dans la foule, on pouvait voir des drapeaux Albanais (l’aigle noir sur fond rouge), beaucoup de drapeaux américains ce qui se comprend facilement aussi, mais aucun drapeau européen. J’ai eu un peu honte sur le moment. Nous autres européens avons institué un ordre géopolitique dans les Balkans (traité de Versailles, démembrement de l’empire austro-hongrois), mais quand nous nous sommes rendu compte qu’il n’était pas tout à fait viable, nous n’avons même pas été capables d’ouvrir les yeux pour considérer le feu juste sur le palier de notre porte. Car c’est ce que les Balkans ont toujours été pour l’Europe: un seuil, une sorte d’entité morcelée et bouillonnante, qu’il valait mieux ignorer que de prendre en compte. . Certes, nos valeurs sont tout aussi nobles et universelles que celle de la démocratie américaine. Alors pourquoi lorsqu’un peuple frontalier fête sa libération et son indépendance seul le drapeau d’un pays très lointain est agité? Parce que l’Europe n’est à peu près rien d’autre qu’une zone économique. La Russie la considère comme un fantasme d’intellectuel, un construction artificielle qui ne tiendra jamais au moindre coup de vent, elle a peut-être raison. Ce n’est pas les maigres avancées du traité de Lisbonne qui vont changer la donne. La politique étrangère européenne est encore aujourd’hui une fiction, l’indépendance du Kosovo divise une fois de plus les pays de l’Union. . Alors pourquoi les drapeaux américains? Les Etats-Unis ont réussi à assumer leur puissance après 1918, je ne sais pas si nous y arriverons un jour. Malgré quelques moment obscurs, leur politique étrangère s’est toujours fondée sur des principes forts de démocratie, de liberté et de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La politique étrangère européenne n’est que l’addition d’intérêts parfois convergents, parfois non. C’est l’idéalisme Wilsonien qui s’oppose à la raison d’Etat de Richelieu. . Mais parlons un peu de raison d’Etat. Qu’est-ce qui empêche un pays européen de reconnaître un Etat aussi insignifiant que le Kosovo? Trois lettres, un mot : G-A-Z. Derrière le microscopique Kosovo, il y a la petite Serbie qui n’aime pas trop qu’on lui démembre son territoire. Mais entre-nous, “who cares”? Non, ce qui effraie vraiment les chancelleries, c’est la Russie éternelle qui ressasse dans son coin ses humiliations, fictives et réelles. . Il faut savoir que la Russie a perdu avec ses territoires “glacis” (RDA, Pologne, Tchécoslovaquie, etc.) son projet géopolitique majeur : voir ses frontières ouest protégées et reconnues, sa sécurité assurée et sa puissance crainte et admirée en occident. Cependant, même si cette puissance ne s’est pas pérennisée par ces voies-là, la Russie tient aujourd’hui l’Europe au bout d’une laisse. Ce que je veux dire, c’est que si notre continent était un corps humain, ses veines seraient des gazoducs plein de gaz russe. . Sur l’impulsion des Etats-Unis, l’Europe a su faire ce qu’il fallait quand il le fallait. C’est l’OTAN qui a stoppé l’armée Serbe et qui l’a empêché de faire de Pristina ce que les russes ont fait de Grozny. Mais aujourd’hui, on assiste sans s’en rendre compte à un tournant: l’Europe va devoir assumer sa puissance de façon autonome face à la Russie. Elle va devoir faire en sorte que cet Etat minuscule fonctionne (comme c’est déjà le cas avec les juristes et les policiers qui sont envoyés). Car il faut le savoir, à l’heure qu’il est il est loin d’être viable. . C’est la fin d’un monde : avec la naissance du Kosovo indépendant, c’est la dernière réplique de l’implosion de la Yougoslavie. C’est la fin de l’ordre de Versailles établi en 1919. Ce qui va se passer ensuite est une grande inconnue. J’espère seulement que nous saurons assumer seuls nos responsabilités. Et peut-être qu’un jour Kosovo et Serbie seront membres d’une Union Européenne (mais là je rêve) devenue fédération. . . . Voilà, ce deuxième billet est un peu long, mais ça me permet d’introduire d’une manière tout à fait subtile et désinvolte (n’est-il pas?) mon goût pour les relations internationales. A ce propos, si vous ne savez pas quoi faire après la licence et que le sujet vous passionne renseignez-vous sur le master Sécurité-Défense de Montpellier III. Testé et approuvé.

Du même tonneau :

Laisser un commentaire