Oser

blier.jpg

En ces temps de crise, la communication des grands groupes industriels autour du développement durable reste une valeur sûre quand on veut se marrer. Par exemple, Gaz de France est assez fort dans cette discipline si particulière qui consiste à prendre les gens pour de parfaits crétins. Mais pourtant, même eux savent se fixer des limites : “Une énergie durable entre nous” sonnait tellement faux pour du gaz fossile qu’ils l’ont remplacé par “Une énergie nouvelle entre nous“. Appréciez la différence.

A ce point de la lecture, certains d’entre vous ne seront probablement pas d’accord avec mon point de vue. “Il faut avancer petit à petit pour changer les habitudes et les mentalités”. D’accord. Mais ce n’est pas jouant sur les ambiguités et en faisant passer du gaz pour de l’énergie nouvelle-renouvelable-propre qu’on se libérera des énergies fossiles…

 

Dans le même ordre d’idée, une opération m’a récemment fait exploser tant elle est cynique… En fait c’est tellement osé que sur le moment ça m’a fait rire. Voilà l’histoire :

 

Je suis abonné à Courrier International. Je le reçois chaque semaine dans un emballage plastique destiné avant tout à glisser des publicités à côté du mag. D’habitude, je n’y fais pas attention mais la semaine dernière, j’ai trouvé un catalogue vraiment bien foutu, avec de belles photos et tout. La nouvelle collection automne hiver d’Aigle, marque de prêt à porter outdoor pour ceux qui connaissent. Je me suis aussi rappelé d’une conférence à l’Icomtec avec la dircom de cette marque, ce qui a éveillé mon intérêt. Je feuillette. Belles photos, beaux paysages, belles filles, les fringues j’accroche franchement moins mais bref. Au fil des pages, des slogans : “Pour la réintroduction de l’homme dans la nature“, “Se reconnecter à la nature” et d’autres fantasmes creux dans le genre.

 

Sur la 23ème page du catalogue, un encart bleu invite le consomateur idiot à “participer ensemble à la protection de l’environnement”. “Mais comment !?” s’écrie-t-il ! Mais en déposant le catalogue dans un magasin Aigle voyons! En plus, on lui offrira une grosse carotte (une réduction de 10 euros sur ses achats) avec en plus la promesse que le catalogue sera recyclé. Je sais pas si je me trompe, mais si le type en question “participe à la protection de l’environnement” il trie déjà ses déchets. Logique.

 

Dans cette optique, l’opération peut se résumer ainsi: Aigle te vante le rêve de te reconnecter à la nature en éditant des catalogues volumineux de publicité non sollicitée qui la pollue à une large échelle. Mais comme chez eux, le développement durable c’est leur graâande passion, il t’invitent à limiter les dégâts qu’ils occasionnent en te déplaçant dans un de leur magasins (en Porsche Cayenne si possible) pour acheter pleins de bonnets péruviens et de bottes de pêcheur, pour qu’enfin tout rentre dans l’ordre. J’applaudis, vraiment il fallait oser. Mais c’est pas moi qui le dit : “les cons ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît.”

Du même tonneau :

Un commentaire pour “Oser”

  1. Bertrand DUCHESNE dit :

    Eh oui, plus c’est gros et plus c’est “avalable” par le con-sommateur. Les bipèdes politiques nous le montrent avant chaque élection.
    Est-ce que la campagne du retour à la nature est efficace ? L’Aigle nous le dira.

Laisser un commentaire