Améliorer son français grâce à Twitter

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Le SMS aura peut-être malmené la grammaire, l’orthographe et plus généralement la bonne humeur des profs de français. Certes. Mais qu’en est-il pour le successeur du texto, Twitter? Existe-t-il à la seule fin d’achever ce qui reste de bienséance à la langue française?

Une précision d’abord : je n’utilise presque jamais le langage SMS. Non par snobisme ou académisme, mais seulement parce que je me fatigue plus à simplifier les mots qu’à les orthographier correctement. Toc.

 

Cela dit, j’ai remarqué que Twitter agit complètement à l’inverse de son ancêtre. Au lieu de schématiser la langue, il en améliore la maîtrise. Je m’explique :

 


Twitter contraint à la concision

 

Twitter impose une contrainte déroutante, celle de limiter chacun de ses messages à 140 caractères. Attention pas 140 lettres, ça serait trop facile. Espaces, guillemets, apostrophes, tout est compté.
Cette contrainte est déroutante (j’insiste!) car elle intervient dans un contexte d’infinité ambiante, de "No Limits" propre à Internet. Mais chaque forme de créativité ne s’épanouit vraiment que lorsqu’elle est soumise à des contraintes. Exemples? L’architecture, le design, la peinture, la poésie, la musique…

Réintroduire des limites dans un univers sans bornes comme le web est une idée géniale et utile. Le micro-espace d’expression que nous consent Twitter force à synthétiser sa pensée, à ciseler son message avant de le poster. 75% des tweets sont complètement futiles? Eh bien ils auront quand même été travaillés dans leur forme, ce qui explique qu’ils sont presque toujours intéressants à lire.

 


Twitter réactive le vocabulaire

 

Poster un lien dans un tweet? C’est déjà une vingtaine de signes qui partent en fumée. L’exercice de concision se complique et il n’est pas rare de terminer avec un solde négatif en caractères. Après avoir viré une virgule et un point d’exclamation, ça ne suffit toujours pas : c’est là qu’on passe aux choses sérieuses.

Twitter incite à manipuler sa phrase, à remplacer des mots, à chercher désespérément un synonyme. On bataille, on réfléchit et finalement on s’applique à utiliser toute le champ de son vocabulaire. Plutôt positif, là encore!

 


Twitter, l’ami du concepteur-rédacteur

 

Dans la publicité, l’équation est basique. Accroche réussie = longueur minimale x sens maximal.

Adidas : Impossible Is Nothing.
Lucky Strike : It’s Toasted.
Apple : Think Different.
Volvo : For Life.

etc, etc

Ces formules sont simples, c’est pour cela qu’elles sont complexes à trouver. Au fond, elles auraient pu être des tweets! Voilà pourquoi, Twitter est aussi un excellent entraînement pour le copywriter. Il permet de concilier l’exigence du sens dans la contrainte de l’espace minimal. On se rend compte parfois que raccourcie, la pensée initiale est complètement tronquée. Qu’à cela ne tienne! Cela signifie simplement qu’il existe quelque part une meilleure formulation. Il ne reste plus qu’à la trouver !

 

Je suis conscient que cette philosophie du "Less is More" est fondamentalement plus anglosaxonne que française. L’anglais va droit au but, il est pragmatique. Le français use d’une liste grandiose de procédés réthoriques, il se déploie dans la longueur et la périphrase. Deux façons différentes de revendiquer le style, mais je pense que le français est une langue suffisemment riche et malléable pour s’adapter à de nouvelles formes expérimentales. Cela va sans doute à l’encontre de son ADN, et c’est sans doute une des explications qui font que Facebook est largement plus populaire que Twitter en France.

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