Affaire Supinfo : pourquoi Internet est un mauvais tribunal

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Certaines théories historiques soutiennent que le succès des totalitarismes dans les années 1920-1930 est dû pour beaucoup à l’apparition de nouveaux moyens de communication : radio, cinéma, affichage. Ce déferlement de son et d’images a imprimé l’esprit des gens car il était impressionnant. Les gens n’avaient pas de recul face à cette nouvelle forme de rhétorique. Pour preuve, le mot propagande n’était pas encore connoté négativement à l’époque.

On peut se dire que nous autres, on est quand même plus évolués et qu’une forme d’esprit critique face à la sphère politico-médiatique est passée par là. On a eu des exemples dans l’actualité récemment (#jeansarkozypartout).

 

Ce qui est vrai, c’est que l’esprit critique a toujours un train de retard par rapport à la technique. Je suis inscrit sur Twitter et je suis consterné de voir à quelle vitesse peuvent se former des mouvements de foule pour colporter une rumeur, porter un jugement tronqué sur une affaire. Je prendrai juste un exemple, celle d’un étudiant de Supinfo  qui s’estime lésé par son école : celle-ci ne lui aurait pas remis son diplôme alors qu’il aurait validé toutes ses matières. En cause : il est sous le coup d’une assignation en justice dans une affaire qui implique vaguement l’école. Pour se venger de cette mauvaise pub,  Supinfo aurait donc fait subir un chantage au diplôme à l’étudiant.

 

Le message est relayé à coup de retweets. L’affaire gonfle au point que la twittosphère française voit l’ e-réputation de l’école s’évaporer en direct. Problème : on n’a qu’une version, celle de l’étudiant. Personne ne s’inquiète d’avoir la version de l’autre partie avant de s’ériger en tribunal et de prononcer un jugement. L’affaire est donc entendue, Supinfo est pourrie.

 

Hier, lundi 26 octobre 2009 Alick Mouriesse qui est le président de l’école se fend d’un communiqué sur Facebook où il donne sa version (d’ailleurs une belle faute d’orthographe dès la première ligne). Ce qui amène légitimement des doutes sur l’identité de la personne qui a posté le communiqué. Aujourd’hui mardi 27 octobre 2009, le site de l’étudiant accusateur est down. On ne peut même plus accéder au dossier qu’il a monté contre son école.

 

Nous somme donc dans une situation où les personnes qui se sont précipitées pour donner leur avis et leur jugement passent pour des imbéciles, et toc, voilà pour elles. Pourquoi ? Elles n’avaient pas toutes les pièces pour se transformer en juges et propager la rumeur. Ensuite, si Internet se transforme en tribunal, on est quand même mal : on a des des doutes sur l’identité d’une des parties (le président qui fait des fautes d’orthographes) et les pièces à convictions sont « retirées » unilatéralement du procès par la partie civile (http://dokidate.com/supinfo/ n’est plus accessible à l’heure où j’écris).

 

Le tribunal était plein hier, il est vide aujourd’hui et l’affaire retombe comme un gros soufflé raté. Internet n’est pas un tribunal et ne doit pas le devenir. Internet va trop vite pour cela. Mais pas de malentendu : je suis pas en train d’en faire la critique comme Jacques Séguéla ou Alain Finkielkraut. Le web est un outil, un canal, il n’est ni « bon » ou « mauvais » en soi. Il est ce que nous en faisons.

 

Je ne critique pas non plus Twitter, je le répète j’y ai un compte depuis peu et j’en découvre à peine le potentiel. Je pense simplement que comme l’opinion publique des années 30 avec la propagande,  les téléspectateurs avec la télévision dans les années 60 et les consommateurs avec la publicité  des années 70 nous manquons de recul.

 

Nous sommes dans cette période délicate où un nouveau média apparaît et dépasse nos représentations traditionnelles, change notre façon de nous comporter au sein de la société. Jusqu’à présent, le web n’était plus ou moins que la transposition de concepts existant, mais en réseau. Un réseau de pages connectées entre elles. Le web qui se dessine est un flux constant, frénétique et ininterrompu. « Ce n’est plus nous qui trouvons l’information, c’est elle qui nous trouve. » Ce mode de fonctionnement est vertigineux de par son potentiel, mais il empêche de prendre de prendre de la distance pour exercer son esprit critique.

 

Il nous faudra sans doute quelques années avant de nous faire une culture du « flux » et cesser ainsi de nous transformer en foule vengeresse à la moindre occasion.

 

 

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9 commentaires pour “Affaire Supinfo : pourquoi Internet est un mauvais tribunal”

  1. Morveus dit :

    Article très intéressant !
    J’attends cela dit le dénouement de l’affaire avec grande impatience, en tant que simple spectateur… =)

  2. Pierre Bourdon dit :

    C’est effectivement une tournure intéressante qu’a pris cette histoire, mais je trouve que c’est un peu prétentieux de juger tous les gens qui ont transmis la rumeur comme ça.

    Pour rappel/information, je suis la personne qui a lancé le premier tweet là dessus depuis un moment quand j’ai découvert ce site par je ne sais plus quel moyen. C’était samedi soir, si j’ai bonne mémoire. Ça a été RT plusieurs centaines/milliers de fois par des gens ensuite, qui ont tous émis un jugement différent, mais à la base ça a toujours été une rumeur et la plupart des gens le savaient (je l’espère, en tout cas).

    Notons quand même que ça n’a pas été totalement inutile : je n’ai pas vu de réaction publique de gens de SUPINFO sur cette histoire avant qu’elle soit ramenée en public. D’ailleurs, c’est un problème que je trouve constant avec les histoires concernant SUPINFO : bien souvent les élèves de l’école refusent de communiquer sur l’/les événement(s), laissant la plupart des gens dans le doute.

    My 2 cents.

  3. antony dit :

    C’est intéressant ce que tu dis et je suis content que tu viennes t’exprimer ici. Quand j’ai vu ton info sur mon Twitter, je suis allé jeter un coup d’oeil sur le dossier de l’étudiant. Plutôt bien fait d’ailleurs, j’en suis ressorti avec la conviction qu’il y avait bien quelque chose de pourri au royaume de Supinfo.

    J’allais retwitter lorsque j’ai vu quelqu’un qui disait quelque chose du genre :”oui mais attendons la version de Supinfo tout de même.” Ca m’a fait comme un électrochoc et je mes suis dit 1. que je me mêlais de quelque chose qui ne me regardais absolument pas 2. que je ne connaissais rien de cette affaire, si ce n’est une version à charge.

    On se place sans doute trop dans le registre de l’émotionnel, parce à l’instant T c’est une façon naturelle de réagir. Et l’injustice fait réagir.
    Donc voilà, je ne veux absolument pas paraître arrogant vis-a-vis de ceux qui ont retweeté cependant je critique le fait qu’ils le fassent sans se poser la question du pourquoi et des conséquences.

    Après, je suis d’accord sur le point positif de Twitter : il oblige les sommets des hiérarchies à répondre à leur base, à plus de transparence. C’est plutôt positif.

  4. jayer dit :

    L’élément qui fait mouche ou du moins qui met la balance du coté de l’étudiant est que le site était réellement ultra complet et qu’il s’est réellement acharné à démontrer par A+B (avec vidéos, photos etc…) que l’école lui en voulait.
    En gros : si quelqu’un avait de mauvaises intentions en mettant autant d’informations, il serait suicidaire pour lui de l’avoir fait car les répercutions seraient trop importantes (diffamation = quelques milliers d’euro d’amande).
    En se lançant dans un buzz aussi énorme il serait étrange (un point de vue externe) de tenter le pire et perdre encore plus (d’après les frais qu’il dit avoir déjà engagé).

    Du coté supinfo, 0 information (la non communication est pire que tout pour une marque/entreprise) et surtout un directeur qui a l’air plus que louche (un mec qui fait autant de fautes d’orthographe directeur d’une école…heu….).

    Le pire étant la participation de la mère à l’ensemble, ok elle sera toujours du coté de son fils, mais inversement il serait un sacré gugus de risquer de créer des problèmes à celle-ci.

    Le seul élément suspect est cette fameuse histoire de la plainte contre l’entreprise où là on a info…

    Maintenant j’ai également hâte de savoir les dessous de tout ça…

  5. jayer dit :

    http://twitter.com/dokidate/status/5199880847
    apparemment il a eu son diplome, fin de l’histoire !

  6. Maxime dit :

    @jayer : Non, “il a eu son diplôme” ne finit pas l’histoire, car ici ce n’est pas le sujet de cet article. Faut pas lire de travers quoi :)

    En fait ce phénomène de buzz que tu décrit sur Twitter porte un nom et existe depuis bien avant l’arrivée de la radio et de la télé : un lynchage. Le lynchage existe depuis la nuit des temps, et n’a donc rien de nouveau sur internet. C’est pas internet qui est pourri, c’est la “vraie vie”.

  7. antony dit :

    Je suis d’accord, les mouvements de foules datent de bien avant l’arrivée de la radio et de la télé (c’est pour cela que je poste la vidéo des Monthy Pythons, pour mettre ça en perspective et détendre aussi l’atmosphère!!)

    L’arrivée des Mass Medias dans les années 20-30 et des outils Internet comme Twitter aujourd’hui ne modifie pas la nature du phénomène, elle l’amplifie au delà de toutes limites et c’est ça qui est nouveau. Comme d’immenses agrégateurs d’opinion qui se focalisent sur une personne, ce qui doit nous inciter à être plus responsables avant d’avoir un avis sur tout.

    Il y a eu un nombre incalculable de pogrom en Europe et ailleurs. Avec l’apparition de la peste noire au XIVème siècle, beaucoup étaient dû à une rumeur selon laquelle les juifs en étaient responsables car ils empoisonnaient l’eau des puits. Mais il n’y avait pas de Mass Medias, pas “d’opinion publique” et donc pas eu d’holocauste anticipé, seulement des pogroms.

    Voilà la différence entre le XIVème siècle (la peste) et les années 30 (la crise).

  8. george dit :

    @Maxime Lynchqge de quoi de qui? Je crois que cette école a juste eu un retour des flammes de son propre comportement. De plus même si j’apprécie la qualité de cet article, je n’apprécie pas bien ce qui ressors un peu, à savoir que les masses ont forcément toujours tort.

    Dans cette affaire précise il y a des anomalies qui ont choqué beaucoup de gens (moi y compris). Comme le fait d’avoir invité cet étudiant diplômé à la remise des diplômes pour lui remettre une pochette vide. Preuve en avait été apporté en vidéo où on a même vu la maman de cet étudiant humiliée publiquement avec la pochette vide de son fils…

    Je ne défend absolument pas cet étudiant, je ne connais pas non plus tous les dessous de l’affaire, mais une chose est sûre cette école est bien trop louche. Et la remise aussi rapide du diplôme à cet étudiant après la médiatisation et le buzz Twitter prouve pour moi que cette école a commis une grosse bourde qu’elle s’est empressé de corriger avant que ça lui explose au visage.

    Pour moi un étudiant diplômé soit on lui remet son diplôme, soit on le déclare pas diplômé. On ne diplôme pas un étudiant pour venir ensuite l’inviter à la cérémonie de remise pour lui remettre une pochette vide…

  9. Ahuri3 dit :

    Pour avoir le plus d’information possibles relatives a supinfo je vous invites a consulter le blog de supinfo watching :
    http://supinfowatching.wordpress.com/

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