Au fait… Pourquoi on fume?

J’ai une copine qui fume beaucoup, beaucoup, beaucoup… Mais vu qu’elle a fait psycho j’arrive pas à lui faire a morale sans que je me sente bête à la fin, c’est redoutable. En même temps, j’adore connaître les ptites motivations inconscientes qui se cachent derrière nos gestes. En plus je suis concerné : moi aussi j’ai fumé de temps à autre. Mais j’avais toujours pensé que c’est parce que c’est un petit plaisir de la vie et que c’est toujours ça de pris. Elle m’a donc expliqué avec une touche de condescendance que c’est un peu plus compliqué : donc en fumant, il paraît qu’on satisfait l’une de nos deux pulsions fondamentales d’animaux (pulsion de vie, pulsion de mort, je vous laisse désigner la responsable). Encore un peu simpliste? Sans doute. Récemment et par hasard, je suis tombé sur une page web sur Freud qui disait qu’il était en fait complètement accro au tabac. Du genre sévèrement atteint. Ca lui a valu une grave affection cardio-vasculaire, ainsi qu’un cancer de la bouche. Mais bon ça l’a pas plus troublé que ça, il a continué a fumer comme un pompier, au point qu’il raconte dans sa correspondance qu’il est à la recherche de la meilleure prothèse de palais pour pouvoir profiter de la fumée sans que ça gêne son plaisir…
Là où ça devient (encore plus) intéressant, c’est qu’en tant que père de la psychanalyse, Freud était en permanence en train de s’auto-analyser, de noter ses rêves, etc… Mais il ne s’est pratiquement pas intéressé à son addiction, ce qui ressemble fort à une sorte de refoulement. Je ne suis pas un spécialiste et je n’ai aucune idée si ses motivations étaient conscientes ou non.
La page explique aussi qu’il existe des travaux récents qui montrent l’existence de tout un faisceau de raisons différentes et hum le moins que l’on puisse dire, c’est pas flatteur tout ça… Ce sont évidemment des raisons génériques qui ne s’appliquent pas à toutes les personnalités dans leur ensemble. On y retrouve pêle-même :
- - le besoin de s’identifier à un modèle (je fume comme, donc je suis comme…) ;
- - l’oralité, l’assimilation aux premières expériences de la vie d’un bébé (le sein, le biberon, la nourriture qui passent par la bouche) ;
- - la cigarette comme un doudou pour adultes : un objet rassurant que l’enfant peut sucer, porter à la bouche, qui a sa propre odeur et sa propre chaleur… Il réduit son angoisse et l’aide à se structurer et à compense l’absence de sa mère.
Voilà, si jamais d’autres campagnes de pub anti-tabac sont dans les cartons, je crois qu’elle auront pas trop de mal à achever définitivement le mythe du cow-boy Marlboro.
8 avril 2009 à 20:09
C’est surtout car ça affecte le circuit du plaisir et de la récompense le déréglant et rendant les gens addict (pas tous et a des degrées d’addiction différent).
La plus part du temps les gens commencent à fumer par phénomène de mode : mon pote le fait, mes ou souci d’intégration dans groupe pour ne pas se sentir rejeter. Il y a aussi le cas de l’enfant dont la mère fumée durant la grossesse. Après ce début, il y a une restructuration du circuit du plaisir et de la récompense et des automatismes cérébraux qui se mettent en place –> Dépendance et addiction.
P.s.: Apparemment Freud avait que 4 patients, lui, sa femme et ses mômes. Est ce réellement une référence ? C’est assez discuter ! Mais je ne m’avancerais pas plus car je ne suis pas psychologue et je ne connais pas le sujet.
8 avril 2009 à 20:11
rectification : “mes ou souci” = “mais aussi par soucie”
8 avril 2009 à 23:33
Mmmh c’est clair que et la biologie et la psychanalyse ont leur mot à dire là dessus. Après il y a une des deux sciences qui a beaucoup plus de détracteurs que l’autre : pour Freud, oui je pense que c’en une référence puisqu’il est le “fondateur” d’une science à part entière… Ce qui explique son faible nombre de patients au passage. Dans le cas présent, ce qui m’intéresse, c’est le fait que le père d’une science refuse d’appliquer ses principes sur LE symptôme qui met sa vie en danger, l’addiction au tabac. En tout cas, l’explication est en grande partie biologique, on est d’accord
10 avril 2009 à 18:00
Bonjour,
Je suis spécialiste de l’arrêt du tabac et ai coûtume de dire que les raisons pour lesquelles on fume n’ont rien à voir avec les raisons pour lesquelles un jour on décide de s’affranchir de ce qui est une dépendance. Logiquement cela n’a rien à voir. Effectivement Freud est mort suite à un cancer du fumeur, et pendant 12 ans son ami Fliess a tenté de l’aider à arrêter, sans succès (voir leurs lettres, chez PUF). Donc la psychologie freudienne est sans utilité pour expliquer et traiter le tabagisme régulier (= on est accro). Richard Klein est l’auteur de référence sur cette question. J’ai surtout appris de la lecture de Eric Loonis, Théorie générale de l’addiction, car le tabagisme est une addiction.
Une addiction n’est pas une maladie dont on guérit avec des cachets : on apprend à vivre avec. le site unairneuf.org explique pourquoi les solutions médicales sont inefficaces.
La page Faire face aux envies de fumer, http://tinyurl.com/6d8xy2 donne quelques explications. Mais deux choses sont sures pour moi :
1°) le tabagisme est une affaire complexe, il faut des heures d’explications pour commencer à y voir un peu clair (le bouquin de Molimard, La Fume, étant ce qui se fait de plus sérieux sur le sujet)
2°) Même si un fumeur comprend rationnellement ce qu’on lui dit, se met en place un processus de déni, très puissant, systématique. Il est difficile de le contourner, et c’est la raison pour laquelle la communication entre fumeurs et non fumeurs est impossible.
Donc tu perds ton temps à discuter Tabac avec tes copines accro. Tu as le droit de les aimer quand même, les fumeuses ne sont pas toutes des malades
10 avril 2009 à 22:13
De toute façon ce n’est pas une question de volonté, la rechute est généralement inévitable (80-90% des cas) volonté ou non, c’est une question d’automatisme et de conditionnement cérébrales ! Donc effectivement toute les pilules et autre patch ne servent strictement à rien, tant que ce qui veulent arrêter de fumer ne change pas complètement leur habitude. Exemple simple : S’il fumait tout les matins une cigarette accompagné d’un pain au chocolat et d’un café au lait ! Si la personne veut arrêter, vaut mieux qu’elle change son habitude de pain au chocolat et café au lait pour autre chose. Ainsi le conditionnement et l’automatisme : pain au chocolat + café au lait = cigarette, ne ce fera pas.
Évidement, je simplifie extrêmement !
10 avril 2009 à 22:17
Off topic : C’est normal que lorsqu’on laisse des “sauts à la ligne” lors de l’écriture d’un commentaire, ils disparaissent quand le commentaire apparait ?
C’est dommage car ça forme des pattés de texte et on ne peut visuellement distinguer les paragraphes et parties du commentaire.
11 avril 2009 à 13:27
Salut Randall et merci pour les précisions et le lien, vraiment super intéressant. Quand j’ai arrêté de fumer à l’époque, le plus dur comme dit Helran, c’est de dissocier le café après le repas de la cigarette. La dépendance physique, on ne la ressent pas en fait.
Pour la mise en forme du texte dans les commentaires, je sais c’est un problème… Faut que je me décide à remettre les mains dans le cambouis pour voir ce qui cloche à ce niveau là…
15 mai 2009 à 21:33
En voyant le titre, ce qui m’est venu en tête c’est «parce qu’on a commencé». :-p Le mieux est de ne jamais commencer.
Après, je pense auss qu’il faut essayer de rompre les habitudes en effet. Je suis en train de réduire ma consommation (j’en suis à 4 par jour) parce que je trouve plus facile en diminuant qu’en arrêtant brutalement.