Top 10 des clips musicaux

Il arrive toujours un instant T dans l’année où je ressens l’impérieuse nécessité de réaliser le nettoyage intégral de ma voiture. Ca peut me prendre n’importe où, et à n’importe quelle heure. Ne me jugez pas, chacun ses troubles du comportement. Il est vrai depuis que j’habite Bordeaux l’occasion ne s’est pas présentée vu qu’il pleut ici presque systématiquement de la ploue (un mélange de pluie et de boue). A défaut, cette compulsion de nettoyage annuel s’est donc reportée sur ma liste pléthorique de favoris YouTube. Beaucoup de lol éculé, je n’ai pas hésité à tailler dans le gras. Dans les liens survivants, quelques clips musicaux dont j’ai décidé de manière incongrue de rassembler les meilleurs (comprendre, ceux qui m’ont particulièrement marqués) dans une liste ultra-subjective. Attention, jingle Foxnews.
10. Lilly Allen - Fuck you
Malgré son message politique affirmé, la chanson de l’été ne se prend heureusement pas au sérieux, c’est juste un gros bras d’honneur impulsif et assumé avec le sourire. Le clip lui aussi est rigolo, jouissif et on ne lui en demande pas plus. Go Lilly.
9. Air - Playground Love
The Virgin Suicides est un album autant qu’un film. L’un sans l’autre ne serait pas grand chose. Avec cette chanson, on est au coeur de l’atmosphère sucrée et tragique de l’ensemble, au coeur de la rencontre entre Sofia Coppola et Air. Ah, et on me signale que la voix présente sur cette piste n’est autre que celle de Thomas Mars, chanteur du groupe Phoenix. Versailles en force, donc.
8. France Gall - Les sucettes à l’anis
Et dire qu’il y en a encore pour débattre encore du sexe des anges et savoir si oui où non, France Gall était consciente du second niveau de lecture. Passons sur la grossièreté d’une telle interrogation et sautons directement au point essentiel : on-s’en-fout. L’ élégance, la délicatesse ingénue qui émanent de cette chanson et de son interprétation sont indépassables. Le cadavre de l’innocence est froid depuis bien longtemps, plus de retour en arrière possible. Alors place à Lady Gaga. Elle au moins maîtrise tous les niveaux de lecture de ses chansons d’autant plus facilement que dans le meilleur des cas, il n’en existe qu’un.
7. The Velvet Underground - Exploding Plastic Inevitable
J’ai hésité avant de faire figurer cet artefact dans le classement. Un des fruits justement inclassable de la collaboration entre Andy Warhol et le Velvet, voilà une pièce d’Art contemporain plutôt qu’un concert. A l’époque, on appelait ça un “Happening”. Exploding Plastic Inevitable. Un concentré d’art total, conçu pour être agressif envers tous les sens. De fait, EPI laissait le public (autoproclamé) underground complètement désorienté, stupéfait, tellement choqué et étonné qu’il ne savait même plus quoi penser. Les spectateurs ne savaient pas s’ils étaient menés en bateau, s’ils devaient être fachés, déconcertés où si ils avaient perdu leur temps.
Car nous sommes bien en pleines sixties, dans un assaut du New York crade sur la Californie étincellante. A l’époque où tout le monde courrait nu avec des fleurs dans les cheveux, Lou Reed, punk avant tous les punks chante faux sa litanie sublime et perverse, Venus In Furs. Bien sûr, le maigre résidu capté par la caméra et postée sur YouTube est à mille lieue de l’expérience originale, mais j’ai pensé ça valait la peine de figurer dans ce top ten.
6. Fever Ray - If I Had A Heart
Fever Ray, la fille à la voix glacée. Et son album qui me fait peur, comme un gosse a peur du noir. La pochette est en elle-même terrifiante. De fait, la plongée dans cet album s’apparente à un cauchemar paralysant. J’ai découvert le clip quelque temps après avoir oublié l’album, ses images se sont substituées avec une grande justesse avec ce que j’avais ressenti à la première écoute.
5. The Pixies - Allison
Si un jour je devais gueuler à la terre entière une déclaration d’amour, je monterais un groupe, je louerais un stade vide et je deviendrai Franck Black. Franck Black, dont le tour de taille n’a pas encore égalé celui de sa mégalomanie wagnérienne, Kim Deal la meilleure bassiste de tous les temps. Mesdames, Messieurs, voici le groupe qui a sauvé les années 80 du néant sidéral : les Pixies.
4. Charlotte Gainsbourg & Beck - Heaven can wait
Une enfilade de plans surréalistes, on est bien là dans l’univers familier de Beck. Le tout est formellement impeccable, sans aucun sens que celui du non-sens. Certains se lancent dans une analyse de l’ensemble, c’est franchement vain, surtout que certaines idées relèvent carrément du plagiat. Le résultat final est une illustration contemporaine du délire de MacBeth:
“It is a tale, told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing.”
3. Cat Power - Satisfaction
Le N°3 est un usurpateur, puisque la chanson est une reprise et son clip le travail d’un amateur, produit à partir d’images familiales tournées en Super 8. Mais il s’agit dans les deux cas d’une réappropriation tellement juste que le résultat final constitue une oeuvre originale en elle-même.
L’intégration ayant été désactivée par YouTube, voici le lien direct : http://www.youtube.com/watch?v=4zQ68eJfar0
2. Department of Eagles - No One Does It Like You
Présenté en avant première au MoMA, le spectacle mélancolique de ces deux armées en ordre de bataille, fantômes contre danseuses de ballet. La beauté triste de la scène, l’onirisme qui baigne ces images font de ce clip la plus belle réalisation de 2009. On est d’accord, oui ?
1. Kate Bush - Wurthering Heights
Kate Bush. Envoûtante Kate Bush. Il faut se rappeler de cette petite adolescente du Kent qui de 16 à 19 ans compose uniquement avec ce qu’elle est, le meilleur album pop des années 1980 : The Kick Inside. Fulgurance inexplicable, Wurthering Heights est une vision fugitive de la grâce, le refus farouche de toute influence extérieure, de toute catégorisation. A nulle autre pareille, Kate Bush.
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