Pour en finir avec le Comic Sans MS

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Dans la communication et la publicité en particulier, la typographie, c’est un continent. A chaque étape de création, je suis capable de changer trente fois de fonte pour comparer les subtiles différences obtenues. Depuis deux ans que je travaille sur Mac, j’accumule et classe des dizaines de typographies différentes dans mon livre des polices. Vu de l’extérieur, je conçois que cela peut sembler pathologique. Mais je vous jure que quand on a à faire à un client ch…pointilleux qui renvoie pour la dixième fois un support de communication parce que cette écriture « est trop comme ci » ou « pas assez comme ça », on bénit le livre des polices des Mac.

 

Mais ce n’est pas un hasard si cette dimension est très présente sur MacOS : l’apport de Steve Jobs à la typographie sur ordinateur a été déterminant. Il faut remonter à l’époque où le jeune Steve n’est encore qu’un étudiant fauché, à la limite de la clochardisation. Il laisse d’ailleurs tomber ses études à l’université pour s’inscrire en classe de calligraphie. Lors d’un discours prononcé à Stanford en 2005, il raconte :

« Le Reed College dispensait probablement alors le meilleur enseignement de la typographie de tout le pays. Dans le campus, chaque affiche, chaque étiquette sur chaque tiroir était parfaitement calligraphiée. […] C’est ainsi que j’appris tout ce qui concernait l’empattement des caractères, les espaces entre les différents groupes de lettres, les détails qui font la beauté d’une typographie. C’était un art ancré dans le passé, une subtile esthétique qui échappait à la science. J’étais fasciné. »

Et de poursuivre :

« Rien de tout cela n’était censé avoir le moindre effet pratique dans ma vie. Pourtant, dix ans plus tard, alors que nous concevions le premier Macintosh, cet acquis me revint. Et nous l’incorporâmes dans le Mac. Ce fut le premier ordinateur doté d’une typographie élégante. […] Si je n’avais pas laissé tomber mes études à l’université, je n’aurais jamais appris la calligraphie, et les ordinateurs personnels n’auraient peut-être pas cette richesse de caractères. »

Je coupe là cette longue citation, après laquelle Jobs prétend aussi avoir éradiqué la polio, inventé le télégraphe et jeté les bases de la physique quantique moderne.

 

Quoi qu’il en soit, on ne plaisante pas avec la typographie. C’est tellement vrai qu’un groupe de protestataires s’est monté pour combattre l’envahissement généralisé d’une police, le Comic Sans MS. Lorsqu’elle a été lancée en 1995, personne ne pouvait prévoir qu’elle allait phagocyter des millions de supports aussi divers que des cartes de restaurant, des Powerpoint de profs en passant par des pierres tombales ou des Skyblog d’ados.

 

Le groupe bancomicsansms.com ne s’est pas fixé pour but l’éradication complète de la police, mais argue du fait que son usage est constamment inapproprié et qu’il est passé hors de tout contrôle. Il va plus loin et soutient que « cette utilisation généralisée d’une seule et même police d’écriture menace les fondements mêmes d’une histoire typographique multiséculaire. » Rien que ça.

 

En ces temps troublés où l’on hésite un peu entre défense de l’environnement et des opprimés, on est rassuré de constater qu’il existe une troisième voie moins contraignante. Le militantisme typographique.

 

 

 

Merci à planete-typographie pour la traduction du discours de Steve Jobs.

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