Jury de concours : rapport sur la pédanterie ordinaire

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La préparation d’un concours est un grand moment d’aguerrissement psychologique. De l’inscription au jour de l’épreuve, une série de petits découragements sont sournoisement distillés pour émousser la détermination du candidat. C’est la première vague de sélection qui cause les premières défections. L’idéal en la matière serait de se situer dans le concours et à la fois à l’extérieur, tactique du waldgänger. Pouvoir saisir l’esprit de l’épreuve, se préparer au mieux tout en restant étranger aux données objectives qui sont autant de signaux décourageants.

 

Prenons les délicieux rapports du jury. Existe-t-il sur terre production humaine plus perfide qu’un rapport de jury ? Je m’interroge, vraiment. Dans la liste des exercices littéraires les plus ambigus, c’est sans doute celui qui tient la plus haute place.


Voilà un texte qui se propose d’aider le candidat en lui expliquant à quel point les attentes du jury sont simples et ses espoirs déçus. Le message en substance est : "Ohhh, vraiment, c’était à la portée de tous et néanmoins la plupart d’entre vous sont lamentablement passés à côté. Que s’est-il passé ? "

 

Pourtant, que l’on m’arrête, mais si une armée de prix nobels concourrait, cela ne changerait pas le fait que le nombre de places disponibles est ridiculement limité. Cette réalité bat en brèche le principe d’évaluation au mérite des concours, car l’aléatoire y côtoie sans rougir la valeur objective des copies. Mais cela, le rapport du jury l’ignore. Ce n’est pas son problème finalement.

 

Son problème est de faire passer pour juste ce qui ne l’est pas, paré du masque inattaquable de la légitimité. C’est pourquoi il se permet des moments de bravoure et d’arrogance extravertie.

 

Vous voulez de l’exemple bien gras? Allons-y.

 

En 2003, le jury du concours de Conservateur de bibliothèque se félicite :

"Beaucoup de candidats continuent malgré tout de se lancer dans l’épreuve sans avoir pris connaissance des règles d’une note de synthèse. Pire, il apparaît parfois difficile de se persuader que certaines copies émanent de titulaires d’une licence (il nous semble que, dans ces cas-là, la note éliminatoire prend toute sa valeur, notamment en dissuadant le candidat de s’obstiner dans une voie sans issue)…"

 

La même année (décidément) le jury du concours interne d’entrée à l’ENA rappelle avec élégance :

"Si, enfin, la clarté de l’exposé est une qualité essentielle, cette qualité doit résulter surtout de la précision de la langue et de la rigueur du plan. Plusieurs élèves ont poussé à l’extrême le souci de la présentation matérielle de leur texte : multiplicité de paragraphes très apparents, parfois subdivisés, assortis de lettres et de numéros, encadrés ou soulignés de traits noirs ou de couleurs variées. Sur ce point, ces exagérations qui font ressembler la note administrative, sujet de l’épreuve, au chef-d’oeuvre d’un aspirant à un diplôme technique de secrétariat, sont à proscrire…"

 

J’en ai quelques autres en stock, mais ces deux là sont les exemples les plus édifiants du ton général de beaucoup de rapports que j’ai pu lire jusqu’ici.

 

Après tout, "la forme, c’est le fond qui remonte à la surface." Alors comment prendre au sérieux de telles remarques, sans doute fondées, mais qui ressemblent beaucoup plus à un exercice d’aristocratie décomplexée qu’à l’esprit égalitaire du concours républicain.

 

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2 commentaires pour “Jury de concours : rapport sur la pédanterie ordinaire”

  1. Anonyme dit :

    Justement je passe le concours de conservateur cette année et je dois dire que les rapports du jury sont en effet plutôt déprimants sachant que les critiques qui pourraient être constructives ne changent guère d’année en année…
    Le design du blog est très réussi!!

    Bonne soirée

  2. antony dit :

    Merci pour ce commentaire! A l’époque, on m’a découragé de faire un Master Patrimoine parce que le concours était trop sélectif… Je regrette beaucoup de ne pas avoir persévéré depuis parce que l’Histoire de l’Art me passionnait. Je te souhaite bonne réussite, quoi qu’en disent les facheux!

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