Dubaï et Venise : même destin?

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L’actualité, c’est Dubaï qui traverse une grave crise financière. Ce qui est finalement assez peu étonnant, vu que l’Emirat vit en symbiose avec le système de la mondialisation. Quand l’un trébuche, l’autre tombe. Chez No Direction Home, on aime bien l’Histoire et les parallèles audacieux : dans le cadre de l’Agrégation je travaille sur une comparaison de modèles d’empires basés sur le commerce (dont l’exemple britannique au XIXème siècle est l’aboutissement). Le moins que l’on puisse dire, c’est que le modèle de Dubaï trouve un écho pertinent dans le passé avec la Venise du bas Moyen-Age et de la Renaissance. Le but n’est pas de prédire l’avenir de l’Emirat, mais de mettre l’actualité en perspective.

 

Quelques éléments qui ont fait le succès et le déclin de Venise:

 

1. Le commerce
Venise, Cité-Etat en est venue à dominer la méditerranée (donc le monde) grâce au commerce. Elle a joué d’un rôle d’interface stratégique commerciale entre orient et occident. En profitant des croisades elle a développé un réseau d’appuis portuaires dans l’ensemble du bassin méditerranéen.


2. Les techniques commerciales et bancaires

L’immense atout de Venise, c’est d’avoir pensé les outils du commerce international.

Elle négocie des droits d’exemption dans les ports étrangers, y construit des entrepôts pour y stocker ses marchandises : Venise bénéficie ainsi de marges de manoeuvres et d’une réactivité qui lui permet d’optimiser son commerce au maximum.

Ensuite, et c’est l’essentiel : elle développe un véritable système bancaire qui permet de mettre de l’huile dans les rouages de son économie (lettres de change, assurances, taux de fret). Elle se place ainsi à la tête d’un réseau financier qui inclut des banquiers de toute l’Europe, des rois et des papes.

 

3. La chute

J’exagère, il s’agit plus d’un déclin progressif que d’une chute. Pour synthétiser, Venise est victime de la dispersion de ses intérêts qu’elle s’épuise à défendre face à des Etats-Nations qui ont des moyens militaires largement supérieurs. Au XVIème, elle est incapable de s’adapter au basculement du commerce-monde de la Méditerranée vers l’Atlantique : Venise tient à ses galères, mais problème une galère dans l’Atlantique, ça coule. Enfin elle ne dispose pas de marché intérieur, ce qui en cas de crise, de guerre ou de politique protectionniste la prive de débouchés et l’asphixie. Elle reste à la merci de ses partenaires qui n’ont pas du tout les mêmes schémas de pensée (une Monarchie qui s’affirme n’a pas les mêmes intérêts qu’une République peuplée de marchands).


On peut penser que le profil de Dubaï est une transposition moderne du profil de Venise au XIV et XVèmes siècles. Alors quels sont les points communs?

 

1. Comme Venise, Dubaï est une puissance maritime et financière qui se fonde sur le commerce et la mondialisation des échanges.

2. Dubaï et Venise sont dépourvues de ressources naturelles et n’ont pas d’industrie.

3. La stratégie de développement de l’Emirat, c’est la conquête d’un réseau portuaire global (Dubaï Ports World). Cette stratégie est semblable à celle de Venise, avec la même logique d’intégration verticale : en 2005, l’opérateur de manutention et de logistique CSX est racheté, en 2006, c’est le tour de la compagnie maritime britannique P&O.

4. Comme Venise, la force de Dubaï est aussi sa faiblesse. Avec l’aquisition de P&O, l’Emirat contrôle six des plus grands ports des Etats-Unis (Miami, Baltimore, Philadelphie, Newark, La Nouvelle-Orléans). Et cela, ça ne plaît pas beaucoup dans les milieux américains. L’élite du pays a été traversée par un sentiment protectionniste.

 

Ainsi, ce qui pourrait menace réellement les intérêts de Dubaï, ce n’est pas l’endettement (un pays ne peut pas faire faillite, en tout cas pas facilement) mais bien la même volonté de sauvegarde des grandes nations qui a conduit au déclin de Venise.

C’est pourquoi, l’Emirat aurait tout intérêt à se faire plus discret dans sa politique d’expansion commerciale et portuaire, ainsi que dans l’affichage de sa puissance (fondée en partie sur l’endettement à outrance). Comme Venise, son pouvoir peut-être menacé à tout moment par des politiques protectionnistes, et comme elle, son statut de puissance reste à la merci de ses partenaires.

Celui qui commande la mer commande le commerce du monde, celui qui commande le commerce du monde commande la richesse du monde et par conséquent le monde lui-même.
Sir Walter Raleigh

 

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