take shelter

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J’aime beaucoup le genre mais ces derniers temps, je commence à faire une overdose des films qui annoncent la fin des temps. Ca devient terriblement banal à la fin. Mais par magie, Take Shelter arrive à traiter le sujet avec originalité et montre qu’il reste des milliers de choses à dire en matière d’apocalypse. Jeff Nichols ne commet pas l’inélégance de nous monter une énième façon de voir le monde se détruire et jusqu’au bout rien ne paraît changer. Dans le film, la société telle qu’elle est dépeinte reste décevante, banale et indifférente jusqu’au générique de fin.

 

 

La mort du cowboy

 

La singularité de Take Shelter, c’est d’aborder l’apocalypse sous l’angle de l’économique. Il montre un glissement intéressant du rôle du père au sein de la famille. Dans Take Shelter, le héros est avant tout jugé sur sa capacité à être bon gestionnaire : il génère des revenus, tient sa famille à l’écart de l’insécurité financière. La menace ne vient plus des indiens, des communistes, de la guerre, du terrorisme, mais de la crise des subprimes. L’homme doit avant tout savoir déjouer les crédits à taux variables, affronter les échéances de son loyer, l’empilement des factures. Seules comptent additions, soustractions, simulations. C’est la mort du cow-boy américain.


Dès lors qu’il cesse de représenter cette figure respectée, Curtis LaForche est pris dans l’engrenage d’une déchéance sociale très brutale.

 

 

Communication breakdown

 

Take Shelter est un film sur la foi, sur la capacité à la transmettre aux autres par la parole. Le personnage principal en est incapable. Il n’est même pas convaincu lui-même de ce qu’il sait. Les mots ont du mal à sortir de sa bouche, et la plupart du temps génère incompréhension, méfiance et peur. Comme sa fille sourde et muette, il est isolé de sa famille et du reste des hommes. Le film montre l’échec de la communication lorsqu’on sort de la convention sociale et de l’attendu.

 

 

“L’Éternel dit à Noé: Entre dans l’arche, toi et toute ta maison”

 

Le film est teinté d’une religiosité évidente : les nuages semblent annoncer un deuxième déluge, les signes dans le ciel évoquent l’apocalypse de Saint Jean, Curtis Laforche pourrait être perçu comme un nouveau Noë. Mais il est cruellement dépeint comme un prophète raté, honteux de ses visions et incapable de conduire sa communauté et de convaincre.

Même en tant que spectateur, on ne sait absolument pas si on est en face d’un film sur la paranoïa ou sur la fin du monde. On est surpris de la réponse.

 

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