Photo : Traces of the Soviet Empire

J’étais trop jeune pour me rendre compte du bouleversement historique que la chute du mur de Berlin a constitué. La fin du XXème siècle, la fin de l’Histoire avancèrent certains. Ce dont je me souviens, c’est l’incroyable attrait que l’Union Soviétique a constitué pour le collégien et le lycéen que j’étais. Certains professeurs expliquaient que l’URSS était une utopie qui se fixait pour objectif de réaliser le paradis sur terre, une société harmonieuse libérée des luttes de classes. Ca avait l’air rudement bien. Certes, il y a eu des dissidences et des excès, mais après tout la fin justifiait les moyens. Et puis il y a eu la seconde guerre mondiale, les vingt millions de morts soviétiques. Sacrifice héroïque. Le premier homme sur l’espace, les défilés de l’armée rouge devant le Kremlin. Prestige, prestige.
On ne m’avait pas dit grand chose de la famine en Ukraine, des purges staliniennes, de la sclérose de la société sous Brejnev. Le meilleur des mondes relevait plus du Léviathan que d’Utopia.
Tout ça paraît si lointain désormais. Je suis tombé sur le travail d’un photographe, Eric Lusito qui photographie les restes improbables de ce qui fut jadis un empire colossal. Les traces tangibles de sa puissance sont aujourd’hui autant de bases vides, fantomatiques, à l’atmosphère irréelle. Les photos de son livre font ressortir l’absurdité d’une société militarisée à l’extrême, dont les gouvernants paranoïaques ont érigé le syndrome de la citadelle assiégée en principe de gouvernement.
On regarde ces photos comme les traces d’une civilisation étrange, depuis longtemps oubliée. L’impression est d’autant plus frappante que cela ne fait à peine plus de vingt ans que ces lieux ont été désertés.
10 février 2010 à 11:41
Mmmh, le charme discret de l’architecture staliniste!