Moi aussi, j’avais un à priori sur Avatar

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C’est avec un léger à priori que je me suis décidé à aller voir Avatar de James Cameron. Quand on commence à pouffer en entendant les vocables de "cinéma 3D", de "lunettes spéciales", de "personnages bleus remarquablement modélisés", on sait qu’on a vieilli. Parce que pour d’autres c’est juste bougrement excitant. Evidemment, je fais partie d’une génération traumatisée par le Futuroscope ainsi que les lunettes vertes et rouges qui font voir en 3D et donnent la nausée. Alors je ne suis pas représentatif. Je me rends compte que j’appartiens à cette génération sacrifiée, ce panel de test géant, destiné à essuyer tous les plâtres jusqu’au jour où un projet tel qu’Avatar serait enfin réalisable.

 


La 3D n’est pas un gadget

 

J’ai donc donné mes yeux à la science, est-ce que pour autant je le regrette ? Non, car il semble qu’il soit désormais possible que la vision "3D" apporte quelque chose au 7ème art. Une sorte de changement de paradigme, un peu comme le passage du cinema muet au cinema parlant dans les années vingt. L’oeil met plusieurs minutes à s’adapter, mais il redécouvre une profondeur naturelle dans l’image, dans les différences de netteté entre premier et arrière plan. C’est difficile à expliquer, mais le regard "comprend" différemment ce qu’il se passe à l’écran.

 

Ce qui m’amène au point central de cette critique : Avatar se doit d’être vu en 3D. Non parce qu’il en aurait besoin pour compenser ses faiblesses cinématographiques intrinsèques. Avatar est un très bon film. Mais parce qu’il a été pensé comme une plongée dans l’inconnu, une planète étrange et sauvage, peuplée d’êtres fantastiques. La 3D sert ce plongeon en rendant l’immersion totale. Voilà donc que la technologie sert le cinema et non l’inverse. Etonnant, non?

 


Enter Pandora

 

Le film maintenant. Il faut le concevoir comme une omelette préparée par un grand chef étoilé. Classique mais habité par un savoir-faire, une envergure insoupçonnée qui surprend au delà de ce que l’on en attendait. C’est l’archétype du film hollywoodien réussi : du cinéma taillé dans le marbre, un méchant bien méchant et un gentil bien gentil. Une structure narrative que tout le monde connait : on imagine à l’avance les différentes phases du film, de l’immersion de l’avatar au combat final. Tout est cousu de fil blanc, un peu comme dans Titanic.

 

Alors qu’est-ce qui fait que ce film n’ennuie pas? L’émerveillement, la beauté sauvage de Pandore et de ses habitants. La virtuosité démente de la mise en scène. Le souffle épique qui atteint un nouveau pinacle dans l’Histoire du cinéma. Rappelez-vous la scène de la charge de cavalerie dans Le retour du Roi. On retrouve ce niveau d’intensité dans Avatar. Les bouches restent grande ouvertes pendant plusieurs minutes. C’est presque trop, on aimerait traverser l’écran pour rejoindre l’action tellement le spectacle est saisissant.

 


L’âme dans la superproduction

 

La vraie singularité d’Avatar, c’est la charge émotionnelle qu’il suscite. A ce niveau là, il surpasse largement les prédécesseurs de sa catégorie (les préquelles Star Wars, Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson). Le spectateur est impliqué dans chaque aspect du scénario, il est fasciné, déchiré, il veut se venger, se battre, il trépigne sur son fauteil tant il est embarqué par le cinéma de Cameron. La fable écologique qui sert de toile de fond au scénario trouve évidemment des échos criants dans l’actualité : déforestation de l’Amazonie à des fins d’agriculture intensive, déplacement de tribus indigènes, c’est notre civilisation froide et technicisée qui est en ligne de mire. Alors il n’est pas difficile de se sentir singulièrement concerné par ce qui se joue sur l’écran.

 

Avatar n’a rien d’un film cérébral, il est charnel. Sans détours, il parle à notre psyché collective, imprime des émotions qui renvoient à ce que peuvent ressentir les enfants devant la découverte. Je ne demande pas autre chose au cinéma hollywoodien que de me faire retrouver cet émerveillement primal, cette sensation de "première fois". Alors merci Monsieur Cameron.

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