Mad Men : analyse

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Décidément, Mad Men est une série qui nous ressemble. Dès le premier épisode de la toute première saison, on barbote dans un bain familier. Dès les premières scènes, on sait exactement où l’on veut nous amener. Comme si les suivantes n’étaient que les développements d’une vérité très confusément enfouie dans notre psyché contemporaine, révélée par bribes, à travers des regards, des dialogues ou des silences.

 

Alors, pourquoi ces personnages trouvent-ils une telle résonance dans notre esprit? Ils évoluent dans un époque à la plastique parfaite, mais au malaise palpable. On ne sait si ce sont eux qui font du monde l’endroit glacé qu’il est, où si c’est l’inverse. Ils ne se cherchent pas d’excuses non plus. Et même s’ils sont américains, ils ne sont pas libres pour autant.

 

Je pense -et ce n’est qu’un avis- que Mad Men est une série sur l’absurde, et donc une série camusienne. Mad Men commence en 59/60, l’année ou Camus après avoir marqué son époque, meurt au sommet de sa renommée.

 

Mais encore une fois, ce n’est qu’une lecture. Je m’explique.

 

Pour moi, la clé principale réside dans la scène où Don Draper se fait prendre à partie par un hippie, lors d’une soirée en plein Greenwich Village. C’est une scène où le malaise est à son comble. Deux mondes s’affrontent, deux systèmes de pensée se font face. Lui, le directeur artistique d’une agence de pub New-Yorkaise dans son costume sur-mesure, ses chaussures italiennes et son chapeau face à une génération qui a l’air de contester tout ce qu’il s’est acharné à conquérir : la reconnaissance sociale, le pouvoir, la richesse et le prestige.

 

Le face-à-face fait sens. Le hippie, qui est aussi son rival amoureux, l’attaque sur un plan moral :

 

Midge’s Friend: Look at you. Satisfied, dreaming up jingles for soap flakes and spot remover, telling yourself you’re free.
Don Draper: Oh, my God. Stop talking and make something of yourself.
Roy: Like you? You make the lie. You invent want. You’re for them… not us.
Don Draper: Well, I hate to break it to you, but there is no big lie. There is no system. The universe is indifferent.

 

C’est peut-être la scène la plus importante des deux premières saisons. Elle reprend le thème de l’absurde et du silence du monde développé par Camus dans Le mythe de Sisyphe et L’Etranger. L’expérience que nous faisons d’appartenir au monde en nous y engageant (marque d’unequête désespérée de sens) s’accompagne simultanément de l’expérience du silence du monde. Quoi que nous fassions, le monde ne nous parle pas, il est résolument indifférent. C’est précisément cette expérience de l’absurde que Don Draper exprime au travers de cette phrase. L’univers n’a aucune espèce intention à notre égard.

 

En somme, le hippie qui reproche à Draper d’avoir fait le CHOIX du mensonge suppose la liberté d’en faire un. Mais Mad Men nous dit à demi-mots qu’être libre dans une monde qui se fiche éperdument que nous soyons libres, esclaves, bons ou mauvais, heureux ou tristes, ça n’a aucun sens. Et que partant de ce constat navrant, il ne reste que la vie pour être vécue.

 

La vie pour être vécue. Cela pourrait être la devise de Draper. Et pourtant, il met une cravate au lieu d’un collier de fleurs, et va travailler tous les matins alors qu’il vit le bouillonnement des années 60. Il aurait pu choisir la voie hédoniste et vivre comme un hippie.

 

Mais il les méprise. Tout comme leur hédonisme de supermarché qui consisterait à vouloir jouir de chaque instant comme si c’était le dernier. C’est à dire dans l’angoisse perpétuelle de la mort. Il choisit inversement de vivre chaque instant comme si c’était le premier.

 

C’est son remède à l’absurdité du monde qu’il construit, comme le scotch est celui des mauvaises pensées à Sterling Cooper. C’est simple et efficace. No big lie.

 

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