La culture n’est pas un hobby
Travailler dans la culture est un privilège. Travailler dans la culture est un sacerdoce. Travailler dans la culture est une belle idée. Travailler dans la culture est une bonne manière de briller dans les dîners en ville. En somme, il est de bon ton de travailler dans la culture. (même si c’est un peu frivole tout de même)
Or en temps de crise économique, tout ce qui est frivole devient suspect. L’utilité se pose comme la mesure de toute chose. Notre vision collective se rétrécit, elle se fait efficace. En temps de crise, la culture devient d’autant plus secondaire qu’elle est généralement considérée comme un luxe insensé, réservé aux initiés. On ne construira pas Versailles au XXIème siècle.
La culture est frivole, donc. Elle est événementielle, biennale, saisonnière, festivalière, elle se vend et s’achète. Partout, elle s’expose. On l’entend dans la rue, on la retrouve dans l’assiette, on la boit en bouteille, on l’achète en grande surface, on la regarde à la télévision, on en parle dans le métro, on s’assoit dessus, on la porte en bandoulière ; tout est bien.
La culture devient un hobby alors qu’elle est tellement plus que cela. Son sens originel en fait quelque chose de radical, « un traitement à appliquer aux enfants pour qu’ils deviennent hommes », « une raison d’être telle qu’elle peut maintenir debout, inflexible et fidèle » si tout le reste venait à exploser et ou à se volatiliser. Un trésor qui se suffit à lui-même.
Voilà pourquoi lorsque je m’interroge sur mon futur métier et le rôle des bibliothèques dans la société, je me rends compte alors que travailler dans la culture n’a rien d’accessoire, de frivole, ni de futile. C’est une œuvre de civilisation, porteuse de sens, qui tient du permanent.
14 novembre 2011 à 17:44
Je m’étonne en vérité que tout ça est vachement dépendant de ce que tu entends par culture.
J’avoue que le mouvement me semble aller plus vers une sortie de la bibliothèque de sa sphère culturelle. Je ne porte pas de jugement, mais il n’y a qu’à relire par exemple l’inutile (mais intéressante) charte des bibliothèques (du feu CSB) : qui parle pour les bibliothèques d’”accès du public à l’information, à la formation et à la culture”. C’est quoi le dernier terme, hein ? La culture (rires de l’assemblée ? pas forcément).
Le manifeste de l’IFLA/Unesco va plus loin même.
Personnellement, je ne vois pas nécessairement une contradiction entre un développement de la culture, dans son intemporalité, et les autres missions de la bibliothèques, ni avec la culture chaude du divertissement, etc.
Enfin, n’y a-t-il pas une contradiction entre cette vue sur la Culture comme quelque chose qui nous dépasse, et la volonté d’infléchir le cours de la civilisation (”je serais Malraux ou rien” dit-il) ?
Mais j’attends avec impatience de voir ce que tu feras pour résoudre ce grand défi !
20 novembre 2011 à 16:59
J’ai vraiment écrit ce billet à chaud et j’ai cherché à le retravailler avant de le publier. Mais j’avoue que je n’ai pas eu le temps, alors j’ai posté!
Je pense effectivement que la culture ne doit pas être envisagée comme quelque chose qui nous dépasse, mais comme une éthique pratique, qui entoure et aide tout au long de la vie. C’est une notion très liée à celle de civilisation à mon sens : pourquoi les grecs vivaient comme des grecs, les perses comme des perses, les romains comme des romains…? Par leur culture, ils sont chacun parvenus à produire une singularité, une idiosyncrasie, quelque chose de cohérent et d’autonome.
Voilà, tout le propos de ce post est de lutter contre contre ce qui ferait de la culture une variable d’ajustement dans les politiques publiques, parce qu’elle serait accessoire. Elle est fondamentale, et il ne faut pas négliger son sens profond.