Court métrage : la jetée de chris marker

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C’est en feuilletant le catalogue du Carré d’Art, le musée d’Art Contemporain de Nîmes, que je suis tombé sur le programme d’une exposition : Projections. Elle réunit les oeuvres d’une dizaine d’artistes contemporains autour d’un thème, le temps : ses ruptures, ses continuités, ses dimensions qui se croisent à travers les âges et nos représentations. Déjà, il n’en fallait pas plus pour me donner envie. Je tombe sur une image qui m’est familière. Celle d’un homme au regard halluciné : un extrait du court métrage de Chris Marker, La jetée (1962, 29mn) projeté à l’intérieur d’une oeuvre de Tobias Putrih. Ce film m’avait profondément marqué, et je ne suis pas le seul puisqu’il a aussi servi de base et d’inspiration au chef d’oeuvre de Terry Gilliam, l’Armée des douze singes.

 

J’en ai gardé des souvenirs nébuleux mais très forts : je me le suis donc repassé entre midi et deux. Verdict : en deuxième vision, La Jetée est toujours aussi vertigineuse, hypnotisante. Un mot sur la forme déjà : le film est constitué à 95% d’une succession de photos noir & blanc, tel un diaporama ou un roman-photo. Je sais qu’à ce stade, j’ai aussi perdu 95% du lectorat geek de No Direction Home. Pas de concessions, c’est ça l’élitisme (huhu). Je poursuis : ce parti pris formel donne une force étrange et poétique au récit, qui lui est carrément insensé. Nous sommes là dans le meilleur de la SF : pas celle des petits hommes verts, de "Beam-me up, Scotty!" et de Jar-Jar Binks, mais celle d’Hyperion de Dan Simmons, de Blade Runner… Celle qui a le pouvoir de tordre notre réalité intime, contemporaine pour la transposer dans un univers parallèle, en l’occurrence malade et condamné. Dans La Jetée, nous sommes transporté depuis les années 1960 -où le personnage principal, alors enfant, assiste à une scène qui le marquera toute son existence- jusqu’à un futur hypothétique, après la troisième guerre mondiale. Le monde est dévasté, Paris en ruines. L’humanité réfugiée dans des souterrains se sait à l’agonie. Elle tente donc d’établir des liens avec d’autres époques pour organiser les moyens de sa survie, en d’autres termes "appeler le passé et le futur au secours du présent". Le personnage principal, désormais adulte est utilisé en tant que médium pour la persistance de sa mémoire et de son souvenir d’enfance : cette image vague et obsédante d’une jeune femme qui lui apparaît lors d’un incident violent, sur la grande jetée d’Orly. Au prix de coûteux efforts, on parvient à l’envoyer dans le passé : il y retrouve la femme dont le visage à marqué sa mémoire.

 

Je n’en dis pas plus, le reste du film est à découvrir absolument par soi même. Les deux personnages, l’Homme (Davos Hanich) et la Femme (Hélène Chatelain) sont magnifiquement interprétés, touchants dans leur beauté condamnée. La narration de Jean Négroni, lente, détachée, presque surnaturelle vient s’imprimer sur les images comme seul repère convaincant d’un scénario qui les brouille tous. La Jetée n’a pas de sens car elle essaie de montrer que le temps, la mémoire n’en n’ont pas non plus. Ce sont justes des variables arbitraires que l’on peut modifier, distendre ou annuler. On est donc en permanence dans le vertige, le royaume des impressions, des émotions, de la non-fiabilité de la mémoire… Du déjà-vu. Les photos statiques et vibrantes à la fois se rapportent à nos souvenirs, à nos représentations.

 

Il est difficile de mesurer l’impact que ce court-métrage a eu sur la production artistique et la pop-culture du demi-siècle qui vient de s’écouler. Il a influencé le travail de la nouvelle vague (Godart en particulier), le cinéma de Mamoru Oshii (Ghost In The Shell, Avalon), jusqu’au jeu vidéo : les introductions du légendaire Fallout (ah tiens? les geeks reviennent?) commencent toutes avec une projection de diapositives en noir et blanc, avec une narration qui ressemble beaucoup à celle de La Jetée.

 

Accès au film et aux images

 

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Un visage de femme

 

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La grande jetée d’Orly

 

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Apocalypse

 

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“Les vainqueurs montaient la garde sur un empire de rats”

 

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Davos Hanich

 

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Hélène Chatelain

 

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“Le temps se construit autour d’eux, avec pour seul repère le goût du moment qu’ils vivent.”

 

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« Je viens de là ». Clin d’œil à Vertigo d’Hitchcock ?

 

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[…]

 

 

Par chance j’ai retrouvé La Jetée sur Dailymotion pour vous la faire partager : je crois que c’est à peu près la seule version en qualité acceptable et qui ne soit pas massacrée par des sous-titres ou un doublage calamiteux. Essayez de vous procurer une version en divx, c’est bien mieux.

 

 

Projections, du 13 octobre 2009 au janvier 2010 au Carré d’Art de Nîmes

 

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