Fifty people, one question

fiftypeopleonequestion.jpg

La plupart du temps, les vidéos que je regarde sur Internet sont TRES drôles, ou TRES impressionnantes ou enfin TRES instructives. Il doit toujours y avoir un superlatif qui justifie le partage où, saint des saint, l’inscription dans ma liste de favoris. Alors quand je tombe sur une vidéo qui m’arrête net sans pour autant entrer dans une des trois catégories, je m’interroge… Ma typologie serait donc dépassée? Angoisse. Je la sauvegarde, la rumine inconsciemment pendant plusieurs semaines, me la passe à nouveau… et oui, décidément il y a un truc.

 

Alors, je l’annonce à la ville et au monde : j’ai trouvé une vidéo qui fait réfléchir. Je l’ai dénichée sur Vimeo, qui est à YouTube ce que le lecteur blue-ray est au magnétoscope (ah on me signale que le blue-ray aussi, c’est ringard).

 

A la base, c’est un projet qui a débuté en 2008 à la Nouvelle-Orléans. L’idée est simple : se poster dans la rue avec une caméra et poser une question à cinquante personnes qui voudront se prêter au jeu. "Quel voeu souhaiteriez-vous voir se réaliser d’ici la fin de la journée ?"

(more…)

Du même tonneau :

Tout est gratuit, mais plus personne n’a de boulot

dollars.jpg

Voilà, je fais mon coming-out : je ne crois pas au gratuit. Je ne suis pas un économiste, mais j’ai une petite expérience de la monétisation d’un service web. Je pense que les années 2000 ont vu naître un mirage, la gratuité. Ce mirage est mort, fauché par la crise économique, même s’il continue à courir sans tête. Je crois qu’un mouvement de grande ampleur émerge, bien qu’il soit encore invisible et confus.

 

Le premier signe a été le refus de Rupert Murdoch de laisser Google News s’approprier gratuitement le contenu produit par ses médias au nom du sacro-saint principe d’accès à l’information. D’ailleurs, une étude récente lui donne raison : elle montre que près d’un internaute sur deux ne fait que lire les titres de Google News, sans visiter le site source. La presse française n’a rien dit, mais elle jubile de voir un mastodonte comme News Corp. tacler Google.

 

Car ce n’est pas seulement une manoeuvre d’intimidation, mais bien le vieil empire de l’information, avec ses dinosaures en voie de disparition, ses journaux à l’ancienne, ses "TV Networks" préhistoriques qui s’oppose au nouvel empire. Google, son omniprésence, son insolente gratuité. Ces derniers jours, je m’imaginais Rupert Murdoch à la place du banquier furieux, dans la pub BinckBank. "Mais comment ces gens gagnent leur vie?"

(more…)

Du même tonneau :

Google VS Chine : le grand jeu

google_vs_china.jpg

Je ne voudrais pas paraître solennel, mais quelque chose d’important vient de se passer. Sur le blog de Google, on apprend qu’à la mi-décembre 2009, des attaques informatiques de haut-niveau provenant de Chine ont visé Google ainsi que des entreprises du secteur de la finance, des médias, de la chimie et des technologies.

 

Présenté de cette façon, ce n’est pas le scoop de l’année. On sait qu’une guerre occulte est menée par des groupes de hackers chinois avec la bénédiction du régime. Mais c’est la première fois qu’une entreprise de la taille et de l’envergure de Google choisit de dénoncer publiquement ces pratiques. Elle brandit des preuves et pointe du doigt ce qui est en jeu : la liberté d’expression et l’accès à l’information.

 

Car les attaques visaient aussi les comptes gmail de défenseurs de droits de l’homme chinois, d’opposants au régime et des membres d’ONG européennes et américaines.

 

On se souvient de la complaisance de Yahoo à l’égard des autorités chinoises : la censure des résultats suivait docilement les prescriptions de Pékin. En 2006, quand Google a lancé sa version chinoise www.google.cn, elle a indiqué qu’à ses yeux les bénéfices d’un accès élargi à l’information pour le peuple chinois prévalait sur le malaise que la firme ressentait à censurer certains résultats. Elle avait aussi prévenu qu’en cas de dégradations des conditions de l’information ou de restrictions supplémentaires imposées par des lois futures, Google n’hésiterait pas à reconsidérer son implication dans le pays.

 

Dont acte. Les atteintes à la liberté d’expression ainsi que les tentatives de surveillance dont les usagers de Google ont été victimes sont considérés comme un casus belli. En vertu de quoi, Google décide unilatéralement de lever la censure sur la version chinoise de son moteur de recherche en attendant une négociation avec les autorités centrales. Au risque de devoir fermer le site et quitter le pays.

 

Je ne pense pas qu’on en arrive là mais j’y vois plusieurs signaux :

 

Google a choisi la liberté d’expression face aux bénéfices financiers que lui promettaient une censure complaisante vis-à-vis du régime. A l’heure où cette entreprise s’apprête à être la plus puissante de l’histoire depuis la Standard Oil, c’est plutôt un bon signe extérieur de karma. Car son pouvoir fait peur et moi-même je ne suis pas rassuré à l’idée d’être confronté à un monopole sur l’accès à l’information.


Deuxième point, Google est devenu tellement puissante qu’elle ne réagit même plus comme une entreprise, mais comme un Etat-Nation : de fait, elle négocie d’égal à égal avec un Etat conventionnel qui ne peut rien faire contre elle en retour. Pas de moyens de pression. Google n’a pas de territoire, de frontières, de ressortissants ou de matières premières à contrôler. Au pire, elle a juste quelques bureaux à fermer.

 

D’autre part, la firme peut réaliser ce qu’aucune puissance au monde, Etats-Unis compris ne peut faire : réagir unilatéralement contre Pékin en décrétant à l’intérieur de son propre territoire souverain la liberté d’expression et d’information. Pour une dictature, c’est l’arme la plus sournoise et la plus redoutée qui soit.

 

Dans ce bras de fer, on peut se demander qui a le plus à perdre. En tout cas, on est face au plus bel exemple de conflit asymétrique qui soit depuis les attentats du WTC en 2001. La décennie nouvelle vient de commencer, quel bonheur. Bienvenue dans les 10’s.

 

Du même tonneau :

Mad Men, quand la pub faisait rêver

mad_men_vignette.jpg

Un billet tardif pour vous faire partager mes impressions confuses sur Mad Men. C’est une série TV que certains d’entre vous doivent déjà connaître puisque la première saison date déjà de 2007. Replaçons de suite le contexte : j’ai à peine commencé à regarder les premiers épisodes en VO avant que mon laptop ne tombe en panne ce qui fait que j’en suis resté là. Je n’entrerai donc pas dans le coeur de la série, je veux juste vous donner envie d’en savoir plus.

 

Déjà, remerciez les auteurs, remerciez les producteurs, vos voisins, n’importe qui. Mad Men ne vous emmène pas dans un énième commissariat/bureau d’investigation/cellule spéciale/hôpital/rayez-la-mention-inutile.

 

Mad Men nous ouvre les coulisses d’une grande agence de publicité New-Yorkaise (bien!) au tout début des années 60 (trèèès bien!). C’est une série à atmosphère (comme Six Feet Under, Les Sopranos) et le retour en arrière est saisissant. Tout y est. Les Cadillac rutilantes, les remarques sexistes au boulot, les pubs pour vanter les mérites du tabac. A chaque scène, le décalage avec notre époque est merveilleusement rendu : ici on détectera un relent de paternalisme, là une bonne dose de misogynie mélangée à ce qui ressemble fort à du… du harcèlement sexuel mais qui pourtant n’a l’air de choquer absolument personne. Pas plus que les publicités faisant appel à des médecins pour prouver que la cigarette n’a rien de nocif pour la santé.

 

Dans cette Amérique pré-Nixonienne, tout est beau, rutilant, plein de promesses. A l’image de cette agence qui monte, Sterling Cooper. A l’image de son directeur de création, Don Draper. L’homme qui invente l’American Way of Life avec d’autant plus de talent qu’il en est le pur produit. Pas de vulgaires objets à vendre, mais autant de promesses de bonheur. Et cela semble marcher, les gens sont heureux. Mais lui doute.

 

Car décidément, il y a quelque chose de pourri au royaume du capitalisme triomphant et Mad Men analyse les craquements silencieux d’une société américaine qui sort de l’innocence et se dirige vers un futur inconnu. La publicité sera au centre de ce monde, bienvenue à Sterling Cooper.

 

mad_men.jpg

 

Du même tonneau :

Moi aussi, j’avais un à priori sur Avatar

avatar.jpg

C’est avec un léger à priori que je me suis décidé à aller voir Avatar de James Cameron. Quand on commence à pouffer en entendant les vocables de "cinéma 3D", de "lunettes spéciales", de "personnages bleus remarquablement modélisés", on sait qu’on a vieilli. Parce que pour d’autres c’est juste bougrement excitant. Evidemment, je fais partie d’une génération traumatisée par le Futuroscope ainsi que les lunettes vertes et rouges qui font voir en 3D et donnent la nausée. Alors je ne suis pas représentatif. Je me rends compte que j’appartiens à cette génération sacrifiée, ce panel de test géant, destiné à essuyer tous les plâtres jusqu’au jour où un projet tel qu’Avatar serait enfin réalisable.

 


La 3D n’est pas un gadget

 

J’ai donc donné mes yeux à la science, est-ce que pour autant je le regrette ? Non, car il semble qu’il soit désormais possible que la vision "3D" apporte quelque chose au 7ème art. Une sorte de changement de paradigme, un peu comme le passage du cinema muet au cinema parlant dans les années vingt. L’oeil met plusieurs minutes à s’adapter, mais il redécouvre une profondeur naturelle dans l’image, dans les différences de netteté entre premier et arrière plan. C’est difficile à expliquer, mais le regard "comprend" différemment ce qu’il se passe à l’écran.

 

Ce qui m’amène au point central de cette critique : Avatar se doit d’être vu en 3D. Non parce qu’il en aurait besoin pour compenser ses faiblesses cinématographiques intrinsèques. Avatar est un très bon film. Mais parce qu’il a été pensé comme une plongée dans l’inconnu, une planète étrange et sauvage, peuplée d’êtres fantastiques. La 3D sert ce plongeon en rendant l’immersion totale. Voilà donc que la technologie sert le cinema et non l’inverse. Etonnant, non?

 


Enter Pandora

 

Le film maintenant. Il faut le concevoir comme une omelette préparée par un grand chef étoilé. Classique mais habité par un savoir-faire, une envergure insoupçonnée qui surprend au delà de ce que l’on en attendait. C’est l’archétype du film hollywoodien réussi : du cinéma taillé dans le marbre, un méchant bien méchant et un gentil bien gentil. Une structure narrative que tout le monde connait : on imagine à l’avance les différentes phases du film, de l’immersion de l’avatar au combat final. Tout est cousu de fil blanc, un peu comme dans Titanic.

 

Alors qu’est-ce qui fait que ce film n’ennuie pas? L’émerveillement, la beauté sauvage de Pandore et de ses habitants. La virtuosité démente de la mise en scène. Le souffle épique qui atteint un nouveau pinacle dans l’Histoire du cinéma. Rappelez-vous la scène de la charge de cavalerie dans Le retour du Roi. On retrouve ce niveau d’intensité dans Avatar. Les bouches restent grande ouvertes pendant plusieurs minutes. C’est presque trop, on aimerait traverser l’écran pour rejoindre l’action tellement le spectacle est saisissant.

 


L’âme dans la superproduction

 

La vraie singularité d’Avatar, c’est la charge émotionnelle qu’il suscite. A ce niveau là, il surpasse largement les prédécesseurs de sa catégorie (les préquelles Star Wars, Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson). Le spectateur est impliqué dans chaque aspect du scénario, il est fasciné, déchiré, il veut se venger, se battre, il trépigne sur son fauteil tant il est embarqué par le cinéma de Cameron. La fable écologique qui sert de toile de fond au scénario trouve évidemment des échos criants dans l’actualité : déforestation de l’Amazonie à des fins d’agriculture intensive, déplacement de tribus indigènes, c’est notre civilisation froide et technicisée qui est en ligne de mire. Alors il n’est pas difficile de se sentir singulièrement concerné par ce qui se joue sur l’écran.

 

Avatar n’a rien d’un film cérébral, il est charnel. Sans détours, il parle à notre psyché collective, imprime des émotions qui renvoient à ce que peuvent ressentir les enfants devant la découverte. Je ne demande pas autre chose au cinéma hollywoodien que de me faire retrouver cet émerveillement primal, cette sensation de "première fois". Alors merci Monsieur Cameron.

Du même tonneau :

Rendre Photoshop plus rapide

roue-de-la-mort.jpg

Ceux qui se coltinent au quotidien la suite de logiciels Adobe se sont lentement séparés du genre humain en développant une caractéristique d’espèce inédite : la patience. Il ne suffit pas d’avoir une machine décente pour faire tourner Photoshop, Illustrator, After Effects au doigt et à l’oeil, il faudrait que la Terre entière soit équipée de Macs Pro.

 

Alors voici une astuce providentielle : il suffit de trafiquer deux options dans la menus de Photoshop pour rendre le logiciel phare d’Adobe (bien) plus rapide dans son fonctionnement. Les réglages en images :

 

Etape 1 : Menu / Performance / Niveaux de cache : 1

 

rendre_photoshop_plus_rapide_1.jpg

 

Etape 2 : Menu / Gestion des fichiers / Aperçus d’image : Ne jamais enregistrer

 

rendre_photoshop_plus_rapide_2.jpg

 

Etape 3 : il n’y a pas d’étape 3. Adieu, roue multicolore de la mort : vous êtes prêts à Photoshopper plus promptement qu’avant.

Lisez aussi :

L’écologie est un humanisme

hopper-room-sea.jpg

Il était un temps où le moteur de la civilisation européenne était l’humanisme. Cela paraît lointain désormais puisqu’il faut remonter au quattrocento italien pour en trouver la source. L’humanisme, qu’est-ce que c’est? Un courant de pensée qui remet subitement l’homme au centre du monde, au centre du réel et qui en fait la constante première de toutes les valeurs. C’est l’estime et l’amour d’une humanité libre.

 

Et le XXe siècle est passé par là, avec ses guerres industrielles et ses premières tentatives rationnelles et systématiques de négation de l’humain en l’homme. Les famines organisées (Ukraine, 1932), les camps de concentration, la bombe A sur le Japon.

 

Depuis, l’humanité ne peut plus se regarder en face, sans s’accuser silencieusement. Qu’elle se réclame à nouveau des valeurs humanistes et cela sonne affreusement creux : c’est le "malaise" ou la "crise" de la culture décrits par Sigmund Freud et Hannah Arendt. Comment en effet réinsuffler de l’humain dans l’humanité alors même que cette dernière a démontré que sa nature profonde était au moins aussi encline au mal absolu qu’au bien?

 

Le défi majeur de ce siècle sera d’opérer un retour aux valeurs fondamentales qui ont permis de dégager un consensus de civilisation à partir de la Renaissance et surtout des Lumières. Il ne faudra pas perdre de vue la variable "homme" alors que se dessine l’urgence écologique. Il faudra rester vigilant à ce que ce défi, noble par essence, ne se transforme pas à son tour en une notion totalisante.

 

L’écologie est un humanisme, prenons garde à ce qu’elle le reste.

Du même tonneau :

Je suis fétichiste, mais je me soigne

olivetti_mccarthy.jpg

Je suis fétichiste de caractère, je dois bien le reconnaître. A vrai dire, cela me gêne un peu. Rien de sexuel dans ce constat (hum), il s’agit d’une bizarrerie de goût qui concerne plus les objets consacrés par la pop-culture du XXe siècle. Par exemple, j’aime les Volvo 240, les radios Brionvega (j’en ai même dégoté une, hop), les Imacs Tournesol, les Lada Niva et les vieilles Citroën. Cette liste n’est malheureusement pas exhaustive.

 

Vous trouvez ces inclinaisons excentriques? Mon goût douteux? Eh bien sachez que je peux au moins me vanter de n’être pas encore passé au stade pathologique. Cette étape avancée de la maladie consiste -par exemple- à signer un chèque de 254.000$ pour acheter la machine à écrire déglinguée de Cormack McCarthy.

 

Car l’excentricité est largement sous-estimée de nos jours. Pour preuve, les estimations les plus délirantes prévoyaient que les enchères monteraient entre 15.000$ et 20.000$. J’imagine bien la scène dans la salle de vente : un objet du catalogue que personne n’a remarqué, un commissaire-priseur qui sort les rames et survend misérablement l’épave pour éviter le bide annoncé.

"Nous avons ici une véritable pièce de collection, un instrument qui a servi à l’accouchement des chefs d’oeuvres les plus marquants de la littérature américaine contemporaine ! No Country For Old Man, Méridien de Sang, La Route, la liste est impressionnante! Elle n’est plus vraiment en état de fonctionner pour une utilisation quotidienne mais sa valeur historique est IN-DE-NIA-BLE! Oui, Mesdames et Messieurs, la mise à prix pour cette vénérable machine à écrire : 500$! Faites vos offres."

[…hésitations dans la salle… murmures]

"Allons Messieurs-Dame, cette offre de départ est ridicule! 500$ dollars de miiise à prix, nous disons, nous disons…"

"600$, oui 600$ à ma droite, 750 ici devant…"
"Allons-allons, oui 900 pour la dame au chapeau."
"Ahhh, 1500, c’est déjà mieux. Bravo monsieur. 2000? 2000! C’est madame qui surenchérit!"

Je vois bien le cow-boy fétichiste, amateur de vieilles Olivetti qui surgit dans la salle des ventes alors que les enchères se traînent péniblement en beuglant : "250.000 DOLLARS MOTHERFUCKAS !!! YEEEEAH!". Silence consterné de la salle, à peine troublé par le couinement orgasmique que le commissaire-priseur oublie de réprimer.

 

Comme tout le monde, j’apprécie Cormack McCarthy pour ses talents d’écrivain, son obsession du mal absolu que l’on retrouve dans ses romans, son manichéisme si typiquement américain. Je l’admire aussi pour être l’anti-fétichiste que je ne suis pas. Pour ne se soucier que de l’oeuvre et jamais de l’outil. En 1963, il a acheté sa machine d’occasion pour 50$. Elle prenait la poussière dans un dépôt-vente. A 76 ans, il la remplace par une autre Olivetti d’occasion à 11$. Il aurait pu décider que sa machine à écrire était sacrée, qu’elle avait une âme ou je ne sais quoi! Mais il était prêt à la vendre pour 20.000 misérables dollars. C’est une somme, mais dérisoire compte tenu du succès mérité de ses romans ainsi que de leur adaptations au cinéma. C’est donc bien qu’elle lui importait peu.

 

Est-ce que l’on expose quelque part le burin de Rodin, le chevalet de Monet, la chaise pliante de Glenn Gould? Je n’en sais rien, j’imagine que oui. Mais ce-faisant, on nourrit un contre-sens qui veut que ces objets nous renseignent à l’essence des créations auxquelles il sont liés.

Oui, nous sommes tous fétichistes, mais que l’on se rassure! Ce n’est pas notre faute. Les dérives de la surconsommation nous ont finalement inculqué la finalité ultime de l’avoir. Posséder, c’est être ou devenir, c’est s’améliorer. Ainsi, on écrit des choses plus intelligentes sur un cahier Clairefontaine, on ne peut prétendre à la créativité que sur Mac et non sur PC, on est plus rebelle avec un keffieh, meilleur photographe avec un Leica.

 

Nous aurions bien besoin d’un nouveau Sartre pour nous marteler que de toute éternité, l’existence précède l’essence. Qu’à la seconde où Cormack Mc Carthy s’est séparé de sa machine, elle a perdu toutes ses propriétés magiques. Qu’à l’instant même où le nouveau propriétaire taperait sur ses touches grippées pour écrire un nouveau livre, elle les regagnerait.

 

Mais je sais bien qu’elle finira plus probablement exposée derrière une vitre.

Du même tonneau :

Améliorer son français grâce à Twitter

twitter_bird.jpg

Le SMS aura peut-être malmené la grammaire, l’orthographe et plus généralement la bonne humeur des profs de français. Certes. Mais qu’en est-il pour le successeur du texto, Twitter? Existe-t-il à la seule fin d’achever ce qui reste de bienséance à la langue française?

Une précision d’abord : je n’utilise presque jamais le langage SMS. Non par snobisme ou académisme, mais seulement parce que je me fatigue plus à simplifier les mots qu’à les orthographier correctement. Toc.

 

Cela dit, j’ai remarqué que Twitter agit complètement à l’inverse de son ancêtre. Au lieu de schématiser la langue, il en améliore la maîtrise. Je m’explique :

 


Twitter contraint à la concision

 

Twitter impose une contrainte déroutante, celle de limiter chacun de ses messages à 140 caractères. Attention pas 140 lettres, ça serait trop facile. Espaces, guillemets, apostrophes, tout est compté.
Cette contrainte est déroutante (j’insiste!) car elle intervient dans un contexte d’infinité ambiante, de "No Limits" propre à Internet. Mais chaque forme de créativité ne s’épanouit vraiment que lorsqu’elle est soumise à des contraintes. Exemples? L’architecture, le design, la peinture, la poésie, la musique…

Réintroduire des limites dans un univers sans bornes comme le web est une idée géniale et utile. Le micro-espace d’expression que nous consent Twitter force à synthétiser sa pensée, à ciseler son message avant de le poster. 75% des tweets sont complètement futiles? Eh bien ils auront quand même été travaillés dans leur forme, ce qui explique qu’ils sont presque toujours intéressants à lire.

 


Twitter réactive le vocabulaire

 

Poster un lien dans un tweet? C’est déjà une vingtaine de signes qui partent en fumée. L’exercice de concision se complique et il n’est pas rare de terminer avec un solde négatif en caractères. Après avoir viré une virgule et un point d’exclamation, ça ne suffit toujours pas : c’est là qu’on passe aux choses sérieuses.

Twitter incite à manipuler sa phrase, à remplacer des mots, à chercher désespérément un synonyme. On bataille, on réfléchit et finalement on s’applique à utiliser toute le champ de son vocabulaire. Plutôt positif, là encore!

 


Twitter, l’ami du concepteur-rédacteur

 

Dans la publicité, l’équation est basique. Accroche réussie = longueur minimale x sens maximal.

Adidas : Impossible Is Nothing.
Lucky Strike : It’s Toasted.
Apple : Think Different.
Volvo : For Life.

etc, etc

Ces formules sont simples, c’est pour cela qu’elles sont complexes à trouver. Au fond, elles auraient pu être des tweets! Voilà pourquoi, Twitter est aussi un excellent entraînement pour le copywriter. Il permet de concilier l’exigence du sens dans la contrainte de l’espace minimal. On se rend compte parfois que raccourcie, la pensée initiale est complètement tronquée. Qu’à cela ne tienne! Cela signifie simplement qu’il existe quelque part une meilleure formulation. Il ne reste plus qu’à la trouver !

 

Je suis conscient que cette philosophie du "Less is More" est fondamentalement plus anglosaxonne que française. L’anglais va droit au but, il est pragmatique. Le français use d’une liste grandiose de procédés réthoriques, il se déploie dans la longueur et la périphrase. Deux façons différentes de revendiquer le style, mais je pense que le français est une langue suffisemment riche et malléable pour s’adapter à de nouvelles formes expérimentales. Cela va sans doute à l’encontre de son ADN, et c’est sans doute une des explications qui font que Facebook est largement plus populaire que Twitter en France.

Du même tonneau :

Idée cadeau pour Noël : Francis Blaireau Farceur

francis-se-promene-dans-la-campagne.jpg

L’angoisse de ce mois de décembre ne sera pas uniquement climatique, puisque se pose aussi la grande question du "Mais qu’est ce que je vais bien pouvoir offrir pour Noël?" L’idéal, c’est d’avoir un flash sous la douche, mais il faut bien reconnaître que souvent, il ne vient pas. Cette absence totale d’idées conduit à des après-midis de shopping en rond. Ce qui est plutôt irritant, car cela nous confronte avec une foule de gens qui ont l’air de savoir exactement ce qu’ils sont venus chercher. Pénible, pénible.

 

Alors voici le Joker qui sauvera tout le monde, présenté par Pénélope Bagieu je vous prie. Que dire, merci Pénélope. ♥

 

 

Francis Blaireau Farceur, de Claire & Jake. Entre 7 et 8 € chez tous les bons libraires.

 

Lisez aussi :